samedi 28 avril 2007

Minneapolis




Bobo Stenson, Garden Rain

Juste quelques images de Minneapolis.... visite du Walker sculpture garden....

La sculpture Spoonbridge and Cherry de Claes Oldenburg et Coosje Van Bruggen, deux habitués des grands formats.



Une sculpture de Frank Gehry, l'architecte du Guggenheim à Bilbao... un poisson de verre sur arrètes de bois....



Et une dernière, j'ai oublié l'artiste....



Et enfin, quelqu'un pourrait il virer l'urbaniste en banlieu de Plymouth qui a trouvé cela mignon?

lundi 23 avril 2007

Potins de Minneapolis




Joan Baez, Diamond and Rust

On the road again… Cette fois-ci direction USA, tout près…. Bizarrement ça fait un bail que je ne suis pas allé chez nos voisins du sud. Deux années sont passées déjà depuis la dernière visite à Washington. Et j’en ai fait durant tout ce temps du kilométrage sur les autobus ailés…

Le home sweet home pour cette semaine sera Minneapolis, une étrange ville nouvelle avec son métissage de races et de cultures comme on en rencontre souvent en Amérique du Nord. La première vague d’immigrant est venue des pays nordiques, beaucoup de la Suède ce qui fait que les cheveux blonds et les yeux bleus sont courants ici. Il existe un musée de l’immigration suédoise ici et un musée similaire en Suède. Les Allemands sont venus par la suite.

Ces premiers habitants ne sont pas venus ici par esprit de pionnier. Le plus souvent, ils étaient juste poussés par la faim, la misère, et une impulsion intérieure qui les poussait à ne pas accepter le quotidien, la maladie et la mort... Et bien sûr en filigrane, cet espoir fou de voir cette nouvelle terre leur offrir …… la vie… une vie.

Ajouter à cet endroit des arrivants de l’Europe de l’est et des pays baltiques, des Africains arrivés comme esclaves puis affranchis et devenus citoyens, une bonne dose de réfugiés vietnamiens arrivés à la fin de la guerre la bas quand l’Indochine a changé de nom, une grande communauté autochtone, des Asiatiques de divers pays. Avec tous ces gens, vous avez le mélange parfait pour vous plonger dans l’univers du film Crash (Collision) de Paul Harris. La méfiance, l’ignorance, puis la violence, la discrimination et l’arbitraire vinrent s’installer et ont entraîné un exode de la population il y a quelques années. Quoique cet exode se résorbe aujourd’hui sous l’afflux de…. nouveaux immigrants ! … L’Eldorado tant espéré par tous ces gens arrivés d’ailleurs ne se matérialisa pas entièrement. Ils ont certes trouvé à se nourrir, un endroit pour travailler, une communauté où aimer et mourir. Ceux qui sont restés ont vécu, à l’ombre des grattes ciels masquant de plus en plus le soleil, une vie de labeur, un peu noire dans cet environnement dur. Avec parfois des jours de soleil et de joies, de rires.. C’est si fort la vie…

Une photo qui vient de Paris et qui pourtant me fait penser à cet endroit…. Avec l’aimable autorisation de Elaine.





La chanson un peu mélancolique de Joan qui nous raconte ses amours du Midwest, un peu plus au sud me va bien.

Le taxi qui me conduit à l’hôtel est conduit par Ali S Deer. Un somalien musulman qui a manifestement adapté son nom de famille pour être lisible en Anglais. Ali est ici depuis 6 ans…. Pourquoi Minneapolis Ali? La réponse est édifiante ; "N’importe où en autant que cela ne soit pas la Somalie".

Ali me raconte un peu cette ville où il fait ce modeste travail. C’est un chic type. Il est l’illustration parfaite de l’attrait de cette ville pour les immigrants… encore aujourd’hui…

Un journal est plié dans un coin... "3ième adolescent abattu dans un autobus public depuis le début de Mars…". Il aurait eu 16 ans.

Il pleut sur Minneapolis ce soir, le temps est sombre et gris….

jeudi 19 avril 2007

Potins dans la circulation - Hanoi



Ce qui frappe tout d'abord le visiteur qui arrive à Hanoi est la faible proportion de véhicules automobiles qui circulent. Le moyen de transport privilégié par la grande majorité des citadins est en effet la mobylette. Ces engins sont omniprésents et ils s'étirent de façon continue comme un long ruban fluide dans les rues. En fait, il est important de préciser que l'on peut uniquement parler de fluidité entre les intersections. Lorsque le flot des mobylettes s'engage à un carrefour, le roulement plus ou moins ordonné dégénère rapidement en une joyeuse anarchie. Pour sortir vivant de la mêlée, il n'y a pas de règles précises, tous les coups sont permis, la seule limite étant l'habileté des conducteurs conjuguée aux règles de co-ordination tacites avec les autres conducteurs. Mais ça, il faut dire qu'ils doivent s'entraîner ferme depuis leur plus jeune âge sur les genoux de leur père car on maîtrise parfaitement ici l'art de couper, de rouler en slalom et de se glisser dans le moindre interstice disponible. Ils leur arrivent même de freiner en dernier recours (mais c'est un cas rarissime qui mérite à peine d'être mentionné).


Tout ce joli monde a en commun une insouciance et une confiance alliées à une âme en paix car on voit rarement de casques pour les protéger. Et à mon avis, les quelques casques aperçus servent probablement plus à assourdir le bruit des klaxons qui accompagnent la conduite. Parlons en d'ailleurs de leurs habitudes sonores! Le klaxon est ici le moyen de communication privilégié entre les individus… il règle l'organisation sociale. L'acharnement des conducteurs à signifier leur présence déclencherait immédiatement en Amérique du Nord une épidémie de rage au volant. Mais ici, impossible de circuler sans avoir une main sur la manette des gaz et un doigt enfoncé sur l'avertisseur. D'ailleurs, je suis convaincu que lorsque d'aventure on rencontre un Hanoien qui pousse sa mobylette chez le réparateur, il y a fort à parier qu'il s'agira le plus souvent d'une panne de klaxon plutôt que d'un ennui de moteur. Impossible de circuler avec la moindre chance de survie sans cet accessoire.




Par contre, vous me direz que la mobylette est un moyen de transport tout de même limité compte tenu de sa taille et de son faible volume de chargement. C'est là que vous vous trompez lourdement. Les habitants de la ville ont appris depuis longtemps à repousser les limites de chargement de leurs engins. Un bon moyen de s'en rendre compte est de s'installer à un café et de regarder rouler la foule en délire tout en se livrant à un petit jeu d'observation. On pourrait appeler ce jeu "Trouver le plus audacieux". Il s'agit tout simplement de trouver une gradation dans les applications des mobylettes. On retient le plus audacieux observé et on tente de battre la mise précédente avec un autre cas encore plus intrépide. Ça donne à peu près ceci :

- Deux personnes sur une mobylette, on n'en parle même pas, c'est conçu pour cela mais ce cas sert de base de comparaison pour ce qui va suivre.
- Trois personnes à bord est déjà plus intéressant, mais c'est tellement fréquent ici que l'on s'en lasse vite.
- À quatre, là ça passe vraiment dans la catégorie sport d'équipe. La petite famille ou le groupe de copains se trouvent ainsi coincés sur la petite banquette mais il semble que leur petite taille leur permet de réaliser cet exploit sans qu'ils perdent le petit dernier au moindre cahot. Par contre, ce genre d'équipée a le désavantage de fausser les statistiques nationales sur le nombre de victimes par accident en cas d'accrochage.
- Cinq passagers à bord est réservés aux inconscients mais on en trouve toujours qui tentent le coup.
- Une variante intéressante qui compense la quantité par le coefficient de difficulté est la position en amazone utilisée par les demoiselles en robes longues. Ça consiste à s'installer assis de coté avec les jambes pendantes du même coté de la moto, les mains sagement posées sur les genoux (certaines s'offrent même le luxe de transporter des fleurs). Je ne sais pas si vous imaginez l'adresse que demande le maintien en selle dans une position si instable lorsque la mobylette se faufile dans la circulation. En y regardant bien, je trouve qu'en comparaison, les artistes du cirque du soleil ont un petit air de paraplégique arthritique.

Bon, laissons de coté le nombre de passagers et poursuivons l'observation avec un exercice de gradation sur la charge utile :

- Une télévision à l'arrière pour livraison, constitue l'enfance de l'art. On laisse cet exercice aux débutants ou aux maladroits.
- La livraison des commandes de votre boucher de quartier se fait couramment en mobylette. La livraison est offerte en deux versions (cochon prêt à gambader et cochon prêt à rôtir…. Ce dernier a un petit air abattu qui le rend facile à identifier).
- Pour le transport des pneus on retrouve deux écoles de pensées. La première préconise d'enfiler un pneu sur chaque bras ce qui permet à un conducteur de transporter le tout sans lâcher le guidon (ce qui est tout de même recommandé par le fabriquant de la mobylette). La seconde école de pensées que l'on pourrait qualifier de "Philosophie Bidendum" consiste à enfiler une série de pneus sur le torse du conducteur. Cette approche présente un double avantage. D'une part, on libère un peu plus les mouvements des bras et d'autre part, on s'assure d'avoir l'équivalent d'un coussin gonflable en cas d'impact. Le seul problème que pose le dispositif est qu'en cas de chute sur le coté, le conducteur risque fort de se mettre à rouler et rien n'est garanti pour une fin de course sécuritaire.
- Le transport d'un escabeau est déjà un exercice plus original. On le transporte verticalement, en quelque sorte à califourchon sur le banc. Il reste à espérer qu'il n'y aura pas de fil électrique trop bas dans les petites rues. C'est avec des inventions pareilles qu'on a du un jour découvrir le principe du tramway si vous voyez le topo.
- Porter une bicyclette quand on veut faire un brin de conduite à un copain, c'est tout à fait possible aussi. Contrairement à l'escabeau qui est somme tout assez discret hormis sa hauteur, la bicyclette se porte perpendiculairement à l'axe de la mobylette ce qui ne va pas sans risque car si je ne vous l'ai pas déjà dit, la circulation est assez dense par ici. Il suffit d'un faux mouvement pour qu'un pauvre confrère conducteur se retrouve sur la trajectoire de la susdite bicyclette. En cas d'impact, il ne reste à ce dernier qu'à rentrer à la maison avec quelques rayons d'une roue enfoncés du sternum aux omoplates ce qui requiert de toute urgence des soins médicaux (éviter l'acupuncture si vous observez ce genre de symptômes).
- Un frigidaire, faut tout de même le faire. Ça reste un peu instable au démarrage. Faut dire qu'on se limite aux modèles de petite taille. Passons…
- Porter cinq barils de 45 gallons mérite à celui-ci une mention spéciale. Je n'arrive pas à comprendre comment il a pu faire tenir le tout et particulièrement au démarrage. Un système de vente pyramidal probablement. Vraisemblablement illégal selon le code de la route. J'espère que les bidons sont vides. Quoique le conducteur ait fort bien pu renforcir ses amortisseurs.
- Des matériaux de construction divers transportés dans des grands paniers de chaque coté. La, on retrouve une grande diversité autour du principe des deux paniers en osier accrochés à la mobylette.
- Mais la palme de la confiance en soi revient à l'olibrius qui tente en ce moment même de ficeler sur sa machine un échafaudage en métal en utilisant comme élastiques de vielles chambre à air de bicyclettes. L'équipé est voué à l'échec avant même d'être commencé mais l'imperturbable optimiste fait néanmoins des pieds et des mains pour tenter de fixer le tout de façon satisfaisante. Je ne suis pas le seul d'ailleurs à prédire le drame car une foule amusée s'attroupe au fur et à mesure que le chargement grossit et s'organise tant bien que mal. Le tout oscille de plus en plus jusqu'à ce qu'une bande élastique finisse par rendre l'âme. Tout son joli mécano s'effondre sur la chaussée sous le regard approbateur de la foule qui a cette fatuité des gens qui apprécient de voir se confirmer leur opinion. La foule se disperse avec un sourire satisfait et un air de "Je le savais bien moi que ça ne marcherait pas".

Bon, la pause café achevant sur cette note joyeuse, il me reste maintenant à affronter la traversée de cette masse roulante et mouvante. Le dernier instant de sécurité relative est celui ou l'on quitte le trottoir pour poser le pied sur la chaussée. Dès lors, la perspective bucolique des choses change un peu et les pittoresques conducteurs se muent en adversaires coriaces. Le premier réflexe de survie est de regarder à gauche et à droite pour déceler un moment d'accalmie qui permettrait de s'élancer. Un bref regard suffit pour constater que la file de mobylettes s'étend à gauche et à droite à perte de vue de façon ininterrompue. Le deuxième réflexe de survie est de se demander "Suis-je le seul à avoir eu cette idée stupide ?". On prend alors une petite pause pour observer l'approche utilisée par les gens du cru pour réussir cet exploit. En les observant, il devient évident qu'il n'y a pas de solutions faciles pour réaliser la traversée. Chacun y va d'un pas régulier et remet sa vie entre les mains des divers conducteurs qui doivent éviter les piétons. Bon, pour des Vietnamiens de souche, cela ne cause pas trop de problèmes car les conducteurs connaissent leur comportement discipliné lors d'une traversée.


Ce n'est pas le cas lorsqu'un étranger tente l'aventure. Les conducteurs doivent appréhender le comportement du piéton sur des bases différentes. Un étranger ne traverse pas toujours d'un pas décidé et régulier ce qui permet de l'éviter sans problème. Un étranger s'arrête parfois tout sec comme un animal terrorisé lorsqu'une mobylette lui fonce dessus (le conducteur assume simplement que le piéton sera passé au moment ou il arrivera sur lui). D'autres étrangers doivent sûrement paniquer et partir à gambader comme des cabris affolés au travers de la circulation. Dans mon cas, je pense avoir réussi à conserver un pas à peu près régulier mais je me suis vite rendu compte que ça ne garantie en rien la sécurité. Il y a en effet beaucoup de communication non verbale dans les codes de conduite de la traversée. Quand on voit une mobylette qui fonce sur nous par exemple, on peut faire fi des réflexes normaux et continuer à avancer en regardant le motocycliste qui s'avance droit dans les yeux pour lui signifier que l'on ne s'arrêtera pas. Mais c'est la que l'interprétation peut porter à confusion. Le conducteur peut interpréter le regard comme un signe d'assurance et conclure que le piéton n'arrêtera pas ou il peut au contraire juger que le piéton est tellement indécis et inquiet qu'il va soit s'arrêter pile, soit reculer ou soit avancer en courant. La réside tout le dilemme d'où découle l'incertitude et de l'incertitude le danger. Tenez, dans le cas de celui qui me fonce dessus en ce moment, il est manifeste qu'il n'a strictement rien compris à mes intentions car il infléchit sa route pour passer devant moi en fait à l'endroit même que je me proposais d'occuper. Comme on a pas de deuxième chance dans ces cas la, je n'ai d'autres options que d'effectuer un numéro de corrida Espagnole pour éviter l'énergumène alors que la communication non verbale se déroule à vitesse accélérée en voyant ses yeux noirs me passer sous le nez "Butor de pied plats de saleté de conducteur inconscient…. Euthanasiste sans permis d'opérer….. Trépanateur ambulant … Terroriste……. Désintégriste …." que je lui lance des yeux au passage. "Colonialiste et Valet de l'Impérialisme américain pas foutu de gagner un iota sur votre dossier de bois d'œuvre" qu'il me rétorque du tac au tac.


Bon, mis à part cet échange viril, ça ne s'est quand même pas trop mal passé. Même pas eu peur moi la. Il me reste à lisser les poils hérissés de mes avants bras avant de poursuivre dignement la traversée. Un conseil d'ami, si vous voulez traverser une rue de Hanoi, ne lésinez pas sur la dépense. Vous hélez le premier taxi, vous lui faites faire un demi-tour dans la circulation (Ils sont capables de faire cela sans collision… fermez les yeux si vous êtes une âme sensible) de façon à descendre en toute sécurité sur le trottoir opposé, le tout pour la modique somme de 1$. C'est plus efficace qu'une assurance vie et moins coûteux. J'ai une pensée émue pour les aveugles qui doivent s'élancer avec pour tout aide une canne blanche. Il ne doit pas en survivre beaucoup.. En fait, je n'en ai vu aucun en 3 semaines… une espèce mal adapté à son environnement comme dirait le camarade Darwin.






Bon, vous me direz qu'il y a sûrement autre chose à voir à Hanoi que les tribulations des mobylettes et je vous l'accorde, c'est bien vrai. Mon insistance sur ce sujet vient d'un traumatisme qui frappe tous voyageurs débarquant dans ces contrées pétaradantes. Si le cortège des mobylettes est agréable à regarder de la bordure du trottoir, il est infiniment
plus désagréable à traverser. Mais on survit…. La plupart du temps…. A preuve : je vous écris de ma chambre d’hôpital…..

lundi 16 avril 2007

La plus petite boutique....


Une image que j'aime bien..... Cette mini boutique de fruits et sa vielle dame...

Croquée lors d'une virée dans les petites ruelles d'un marché de Hong Kong.

Un petit moment de quiétude pour cette femme dans une ville qui peut être opressante parfois.... surtout à Kowloon.


La densité de population y est t'elle que l'on ne sait plus où se poser pour échapper à ce flot mouvant d'humanité.....

samedi 7 avril 2007

Le Caire, une rencontre, un livre....






Anouar Brahem, E la neve va


Une ruelle animée dans le vieux Caire islamique, un camion qui force 2 piétons à se réfugier sous un porche.

La conversation s’engage; Vous connaissez cet endroit? ..... Non.

Il me raconte…

La ruelle a inspiré l’auteur Naguib Mahfouz à écrire une grande fresque racontant la vie d’une famille typique du Caire.

"L’impasse des deux palais" y décrit la tyranie d'un père autoritaire, la mère et les enfants ayant chacun leurs traits de caractères, leurs espoirs, leurs craintes. Le Caire sous l'occupation anglaise.

La conversation se poursuit autour d’un thé à la menthe…..

Il me raconte Mahfouz, personnage immense en Égypte. Son œuvre littéraire, son prix de littérature, l’attentat dont il a été victime plus récemment…

Il m’a donné le goût de le lire… Ce n’est pas un roman d’action, il se déguste à petites doses. Il nous transporte des années en arrières et il y dépeint les habitudes, mœurs et la vie au jour le jour du Caire durant les années 1920. Mahfouz connaît bien la vie de ce quartier car il a vécu ici, tout près du marché Khân Al-Khalili.

J’ai apporté ce livre longtemps dans mes valises. Il m’a fallu du temps pour le finir.. un chapitre de temps à autre quand j’avais envie de me replonger dans l’ambiance de ces lieux. Je suis retourné souvent me perdre dans les ruelles du vieux Caire, à regarder les artisans travailler dans les échoppes ouvertes sur la rue….

Une rencontre… une découverte … un livre…..





jeudi 29 mars 2007

Yemen - La nuit













mercredi 28 mars 2007

Jordanie - La pire des soirées de voyage

Potins d'un samedi soir comme il en arrive parfois…. Cela se passait un 17 février

En fait, je dois avouer que je n’avais pas d’envie particulièrement d’écrire ce soir…. La soirée s’annonçait plutôt calme et indigne d’intérêt … un petit samedi soir à faire un saut de puce de la Jordanie au Liban…. Histoire de voir si je pouvais meubler ma seule journée de congé demain par un quelconque rendez-vous d’affaire… rien de bien palpitant quoi ! ….. C’est de guerre lasse que je prends le clavier pour partager avec vous un peu de cette soirée qui finalement, est riche en rebondissement….

Le ton est donné à cette soirée noire à mon arrivée à l’aéroport… Dès mon arrivée dans ma petite choupette de location, je m’aperçois qu’il y a deux terminaux annoncés… Et comme une grande pancarte en grand caractère Arabe est la seule indication visible, je n’entrevois qu’au dernier moment une petite pancarte en petit caractère Anglais qui indique les destinations desservies par chaque terminal, je dois effectuer une marche arrière dans un sens unique pour accéder au terminal 1 ce qui ne pose pas de problème majeur. Après tout, ils ont bien mis une fenêtre arrière pour quelque chose dans les automobiles. De plus, c’est excellent pour relâcher les tensions de la nuque. Le terminal 1 ne se distingue guère ce soir du désert qui l’entoure. Pas un chat, ni même de chien…. Encore moins d’humain à l’intérieur. A croire que la Jordanie n’a pas besoin d’être en contact avec le monde extérieur en cette belle soirée… Enfin… en cherchant bien, j’arrive tout de même à dénicher deux compagnons dans ce vaste hall vide où mes pas font écho. Le premier humanoïde dort derrière le comptoir de l’immigration, fidèle au poste; un léger ronflement l’a trahi… et une deuxième voix qui commence à psalmodier derrière une grande colonne me permet de dénicher un deuxième compagnon. En l’occurrence, un vieillard à Keffieh et tuque qui prend du retard dans sa dernière prière quotidienne, l’heure en étant déjà passé depuis un petit moment. Je laisse l’aïeul gagner quelques points de bonne conduite spirituelle et éveille l’officier de la sécurité pour passer la première étape officielle de mon extradition volontaire. Il regarde le billet d’un air qui me rappelle étrangement celui que pourrait avoir quelqu’un tiré de son sommeil avant de me déclarer qu’il n’y a pas de vol pour Beyrouth ce soir. Manifestement une réflexion automatique causée par son réveil hâtif. Ayant tout de même quelques ressources, je lui pointe du doigt le grand panneau qui est accroché à 10 mètres derrière nous et où Beyrouth apparaît comme le deuxième et dernier vol planifié de la soirée. On comprend qu’il soit bien normal qu’il ait confondu avec tout ce brouhaha qui nous entoure (je veux dire le vieillard qui vient de rentrer en transe apparemment. Et je peut vous dire qu’il a vraisemblablement pas de problème pulmonaire pépé. Et de plus, c’est définitivement très écho un terminal vide…).

Devant les grandes lettres blanches accrochées derrière lui, il doit se rendre à l’évidence, il y a bel et bien un vol. Il regarde du coté d’un comptoir d’enregistrement, désert, avant de m’informer de sa dernière découverte… ‘Les comptoirs sont fermés… ca va ouvrir dans … dans… dans… 5 minutes’ qu’il me dit d’une voix qu’il ne se donne même pas la peine d’être convaincante. Là dessus, il se replonge dans ses pensées pendant que je m’assois pour bien m’imprégner de la quiétude de l’endroit. La transe de pépé est maintenant finie et c’est probablement parce qu’il se frappe maintenant la tête contre le plancher. Ç’a fait toujours un petit écho mais assourdi par le petit tapis bariolé qu’il a disposé au sol. Comme l’animation de l’endroit semble tout de même un peu faible à une heure à peine du vol, j’en conclue que l’information à l’effet que ca doit ouvrir dans 5 minutes est probablement peu fiable et je décide d’aller faire un tour du coté du terminal 2 pour me dégourdir les jambes.

La promenade est instructive car elle me permet de découvrir l’autre terminal ou il règne un minimum d’animation. En fait, je pense que c’est la que j’ai pris un petit crayon et un bout de papier pour noter la suite… car il devient clair à ce moment que la soirée sera sous le signe de l’éprouvantable (ca n’existe pas ce mot, mais ca décrit parfaitement mon état d’âme). Bizarrement, l’étape suivante se passe relativement bien, c’est à dire la sécurité où tout le monde jette pêle-mêle ses bagages sur le convoyeur de la machine à rayon x comme pour en finir au plus vite. Ça se traduit par une jolie pyramide de paquets qui s’écroulent régulièrement vers la sortie de la machine. En fait pour un temps seulement car l’opérateur du tapis roulant décide sur un coup de tête de renverser la direction du convoyeur pour regarder de plus près un paquet ayant défilé trop rapidement sur son petit écran. La manœuvre n’était pas prévue par la foule enthousiasme et on note un certain flottement au tapis d’entrée que les gens avaient déjà recouvert de paquets ficelés, sacs de toile et autres objets de formes diverses qui nous font bien réaliser la futilité de notre société de consommation qui tente de poser en dogme le fait que l’on doive toujours avoir une valise pour voyager. En fait, c’est parfaitement inutile… n’importe quel sac de toile avec quelques tours judicieux d’une bonne corde de chanvre fait très bien l’affaire. Et c’est tellement plus économique. Le paquet qui a éveillé la suspicion de l’officier était le mien vous vous en doutez bien…. ; ‘Vous avez un ordinateur la dedans’ ? Eh bien oui ! Je sais bien que je ne l’ai pas mis dans le sac noir usuel pour cet équipement, mais compte tenu des paquets des autres passagers, je ne pensais pas qu’on m’en tiendrait rigueur. Enfin, cela a du le décontenancer un peu. Je poursuis pendant que les gens reprennent l’empilage de leurs possessions sur la machine à voir au travers.

Deuxième étape; l’enregistrement. Très long, Mortel. Les deux japonais qui me précèdent sont manifestement aussi perdus que la préposée qui les sert. Tout ce joli monde semble ne pas se comprendre du tout et la jeune fille n’arrive pas à expliquer la nature du problème qu’elle perçoit aux deux clients. On imagine bien qu’on est loin d’en arriver à l’explication de la solution. Solution qu’ils ne comprendront pas plus de toute façon. Un ange paraplégique passe… Puis vient le tour de la jeune fille et du charmant jeune homme devant moi qui ont abusé des sacs de toile et de la corde de chanvre et qui apprennent avec douleur ce que les mots ‘excédent de bagage’ représentent dans un budget de déplacement serré. Avec en plus un passeport de l’Iraq et une correspondance suspecte Beyrouth –Istanbul - Karachi qui leur valent un interrogatoire serré de la part d’un haut responsable qu’il faut aller quérir à l’autre bout de l’aéroport. Je note… Je note… j’ai tout mon temps pour noter… On finit par les mettre sur une voix d’évitement, c’est à dire une file encore plus lente que celle ou je me trouve… est-ce possible? Enfin! Mon tour… Je dois dire que je représente un cas facile comparé à cet embroglio ethnique et politique.

Je puis donc me diriger vers la prochaine attraction officielle organisée par l’administration. Les taxes d’aéroport qui sont outrageuses ici. Déjà 22 $ de dépensés … Et je ne m’amuse même pas… Par contre je note, Je note…

L’étape suivante est le contrôle des passeports. En fait le pré contrôle des passeports. C’est un de ces pays ou le passeport doit être présenté à deux ou trois personnes avant l’immigration et deux ou trois après l’immigration. On ne sait jamais trop pourquoi. Ce soir, il semble que je ne passe pas même pas le pré contrôle avec mes papiers. L’officier regarde les pages de mon passeport l’une après l’autre en y cherchant je ne sais quoi. Enfin, il trouve ‘le problème’. Il se met à parler avec l’autre officier en lui brandissant mon passeport sous le nez. Enfin… dire qu’il lui parlait est un peu faible. La vérité est que ca ressemblait plutôt à une engueulade. À ma question ‘what’s de problem ?’ il me répond avec un grand sourire, ‘No problem sir!’ avant que son sourire ne s’efface et qu’il recommence à brandir mon passeport sous le nez de son comparse. À la fin de l’échange, mon passeport termine sa course derrière le comptoir sur une pile qui semble à première vue celle des ‘cas problème’. Une deuxième tentative d’en savoir plus long se solde par le même sourire et le ‘No problem sir!’ auquel il ajoute un inquiétant ‘Sit down!’. Je veux bien moi, j’ai justement des choses additionnelles à noter et c’est une activité bien adaptée pour cette petite soirée. On est loin d’un Saturday nigh fever à la Travolta. Par contre, on s’amuse gratuitement à ce comptoir-ci. Ça ne fait de mal à personne de noter mes petites impressions et, à moi, en ce moment, ça me fait beaucoup de bien. En fait, il ne me faut que quelques minutes pour réaliser que j’ai péché par optimiste en pensant que je m’amusais gratuitement. En effet, un superviseur (i.e. un officier avec plus de galons pour l’épauler) arrive. Il a aussi l’avantage de savoir quelques phrases de plus que le ‘No problem sir!’ insipide. Ce nouvel arrivant permet d’apprendre ce que j’aurais du comprendre plus tôt; ‘You have a problem Sir!’. Et le problème en l’occurrence c’est une petite phrase étampée dans mon passeport à mon arrivé au pays et qui stipule qu’il faut se présenter à un poste de police dans les 15 jours de l’arrivée. Comme on lit rarement son passeport après les formalités excepté lors de grave crise d’insomnie, ce détail m’a échappé, mais pas à eux. J’apprends que ce n’est pas un crime, ni même un péché capital. Tout cela peut se régler en déboursant un peu de capital. Ainsi, un autre 15 $ passe ainsi dans les goussets ministériels. J’en suis à 37 $ si mes comptes son bons et je ne m’amuse toujours pas…. Notez que je note… je note…

Mon nom? Il l’obtient avec un accent Français à couper au couteau. Je suis passé instinctivement en mode de résistance passive. Bon d’accord !, je parle Français mais ca ne fait pas de moi un collaborateur pour autant ! Pardon ? Si j’ai de la monnaie pour payer? …. NON pas question… Enfin, je veux dire, NON je n’en ai pas… Toujours la résistance passive. Je regarde avec un plaisir sadique (sauf naturellement lorsqu’il me jette des regards navrés que je lui rends avec compassion). Je l’observe avec intérêt déplacer les entassements impressionnants de papier dans son tiroir. Mais à la fin, il devient évident qu’il n’y arrivera pas. Quand il me propose d’aller faire de la monnaie quelque part que j’imagine fort loin, je redeviens soudainement raisonnable. Au point de me frapper le front et me ‘rappelant’ brusquement que j’ai peut être … peut être bien la somme en question….

On discute un peu en faisant la monnaie; ‘Where do you come from?’ Quand même étonnant pour quelqu’un qui triture mon passeport depuis quinze minutes. Mais je suis bon prince et entame la conversation en toute inamitié... ‘Canada!’ je lance. ‘Oh !!! Canada…. Welcome’. Je vous en ferais moi des Welcome !!! J’aime bien ces conversations à nature désintéressée avec les fonctionnaires. On paie un visa pour entrer, une extension de visa pour rester et une taxe d’aéroport pour sortir. Et à bien y penser, ce n’est vraiment pas le moment de me souhaiter la bienvenue… là, comme ils doivent le constater, je suis plutôt en train d’essayer de partir de ce pays. J’ai bien envie d’écrire une petite note au ministère du tourisme qui cherche désespérément comment augmenter le nombre de visiteurs au pays. J’ai lu cela dans un journal ce matin. Mais…. Pas de boite à suggestion en vue. Bof… un de ces jours, j’écrirais un télégramme pour recommander d’installer des boites à suggestion. En attendant, je note … pour ma gouverne.

Bon, je reprends mon sac à l’épaule et je continue l’exploration des perversités administratives à ériger des barrières entre les pays. Il ne faut pas perdre de vue que je ne suis pas encore rendu au contrôle véritable des passeports, c’était juste une entrée en matière.

L’attente est encore une fois interminable. Un bon 5 minutes de traitement de dossier pour chaque passager. Impensable. Un autre bon 20 minutes s’écoulent avant que je sois chef de file. Je vais enfin savoir pourquoi c’est si long pour vérifier un passeport. Ça m’intrigue tout de même. Ils recopient probablement toutes les informations du passeport à la main, probablement qu’ils reproduisent aussi tous les cachets, avec des crayons de couleur? La prochaine fois j’emmène un photocopieur…. J’arrive au comptoir avec le tout et je le dépose et vlan… Et le voilà tout équipé pour plus d’efficacité.

Je sens que la prochaine étape sera grandiose, je ne veux donc rien manquer de tout cela et c’est les yeux aux aguets que j’approche du grand comptoir noir ou se trouve le fonctionnaire suivant. En fait, en m’approchant lentement d’un pas glissant, je vois un crâne chauve éclairé par les projecteurs qui se découpe au-dessus du comptoir. L’image est connue, ca me replonge dans les souvenirs de jeunesses; un grand monolithe noir sur la lune et le soleil qui se lève à l’horizon… je ne puis m’empêcher d’évoquer la musique de 2001 odyssée de l’espace en quadriphonie symphonique complète avec les éclatements de trompettes en entrée et le roulement de tambour c’est grandiose en effet comme approche. J’espère que la suite ne sera pas cependant comme dans le film, si je me rappelle bien, une bande de singes en train de taper à coup d’ossements sur quelque chose ou quelqu’un, je ne me souviens plus. Enfin, me voici arrivé… ça va me revenir.

Vous êtes vous rendu compte qu’il existe de ces gens qui ont une bouille caricaturale? …. Et qui sont destinés à apparaître devant vous au moment même ou vous sentez monter cette pulsion de révolte intérieure? Ce sont, j’en suis certain, des anges malgré leurs aspects repoussants, envoyés sur terre pour tester notre résistance à nous pauvres humains, à ne pas sombrer dans la médisance et les propos tendancieux à chaque fois qu’une petite contrariété nous assaille. À vrai dire, je dois vous avouer qu’en ce moment, j’échoue lamentablement le test… mais j’ai des circonstances atténuantes… attendez un peu que je vous explique.

BOUFFI…, il est indubitablement BOUFFI… La forme du visage tout d’abord, … que l’on appréhende globalement en s’approchant du comptoir… il est BOUFFI… mais non pas seulement la forme générale de son faciès … les détails aussi, les paupières sont BOUFFIES… Et la gauche et la droite n’ont même pas la décence d’afficher un minimum de symétrie… le tout est BOUFFI asymétrique… Et cette navrante entrée en matière est soulignée d’un trait gras formé par ses lèvres BOUFFIES également … et pourquoi doit-il les avoir vaguement luisante ? Et pourquoi elles sont entrouvertes aussi ?? … la plupart des gens ont la bouche fermée en travaillant…. Lui, il faut qu’il travaille la bouche entrouverte laissant entrevoir un magma BOUFFI… qui lui sert de langue……. Il prend ma carte d’embarquement de ses doigts BOUFFIS et ses yeux porcins.. luisants semblent fixer un point au delà du papier lui même… comme s’il ne lisait pas ou en était incapable. Il semble regarder de façon générale la carte, comme s’il tentait d’absorber globalement sa couleur forme et texture……. et décider si le tout lui plaît. Comme une œuvre d’art ou on ne s’attarde pas aux détails mais à l’émotion globale ressentie. Un pli dans son front creuse un sillon dans une sa peau autrement BOUFFIE. Son oeuil vague et fixe ainsi que cette strie indiquant une concentration extrême laisse présager la montée d’une réflexion digne d’intérêt. Ici encore, un ange passe (je vous le dit, c’en est un…. Un beau… on est pas déchu à le regarder ainsi laisser éclore un raisonnement analytique …. ). Enfin, une idée générale semble prendre forme… on le devine à une paupière qui tressaille légèrement. Ses lèvres n’ont même pas à bouger puisqu’il a déjà la bouche ouverte avant même que sorte le premier son. Et sa remarque est à la hauteur de son expression « vous aller à Beyrouth ? ». Aaaah !!! eh bien là, chapeau! À celle-là, il fallait y songer! Enfin vous vous rendez compte ? Il n’y a que deux noms de ville sur la carte d’embarquement….. la ville de départ et celle d’arrivée…. et celle de départ, c’est celle de gauche… et même s’il n’était pas certain que c’était celle de gauche qui était le départ, il aurait tout de même pu percevoir un autre menu indice pour le déduire. C’est que cette fameuse ville à gauche, on y est maintenant… lui et moi! Comment il pourrait imaginer que je vais à la ville de départ puisqu’on y est présentement à discourir aimablement ?? (enfin, pour le moment il monologue…. moi j’ai la bouche ouverte en attendant qu’une idée me vienne pour savoir quoi répondre… ). Non décidément, je ne vois pas la motivation qui le pousse à me poser cette question. Enfin, je veux bien lui laisser le bénéfice du doute. Il a probablement confondu le ‘17 :30’ au bas de la carte avec le nom de la capitale du Tuvalu (eh oui !! , ca existe ce pays .... quelque part dans le pacifique sud…… le roi de ce charmant coin de la planète a même vendu son droit d’utiliser les lettres formant l’extension Internet de son pays aux grandes chaînes américaines désireuses d’utiliser l’extension ‘.TV’ pour leur site web)….. et je suis prêt à parier qu’il ne connaît pas le nom de la capitale de ce pays. Mais même cette possibilité là est peu probable. Il doit bien avoir figuré que le ’17 :30’ est l’heure de départ de mon vol. Et s’il vérifie l’heure actuelle à l’aide du machin accroché à son poignet, en assumant que c’est un machin digital pour l’empêcher d’avoir à faire des conversions hasardeuses…., il devrait s’apercevoir que là, on approche dangereusement de l’heure indiquée pour le départ pendant que l’on meuble le temps en silence. Enfin, pour le moment c’est moi qui contrôle la conversation et, justement, une idée se forme dans mon esprit. J’ai probablement un pli sur le front et j’aime autant ne pas le savoir vraiment à tout vous dire…….. et enfin ça se précise : ‘oui!’ déclarais-je sans avoir à bouger les lèvres (.. étant toujours bouche ouverte moi aussi….). La conversation s’anime. Vous remarquez parfois comme l’apparence externe n’est pas toujours en accord avec notre senti intérieur? Là, comme je vous le raconte, je suis tout flegme, impassible, l’archétype du bon citoyen. Bon, oui, j’ai les doigts un tantinet crispés sur le rebord du comptoir et les jointures blanchies… mais dans l’ensemble ça peut passer inaperçu…

Un moment de recueil intérieur… je lève le nez pour voir deux petits oiseaux qui font des cabrioles dans le grand hall d’entrée. C’est joli comme tableau, le douanier le nez dans le passeport et le voyageur qui regarde deux oiseaux faire des pitreries.

Et la conversation reprend. Je n’étais pas si mal avisé tout à l’heure de penser qu’il recopiait la totalité des informations à la main. Mais en fait, c’est encore pire que cela. Il utilise un ordinateur mais à une vitesse telle qu’il n’y a aucun avantage d’efficacité à utiliser un tel appareil. Nom de famille, prénom. Il me faut répondre à des questions qui sont pourtant toutes écrites en caractère d’imprimerie dans le passeport. Il doit apprécier le ton de ma voix qui accompagne si bien son doigt langoureux qui se déplace pesamment d’une touche à l’autre. Par contre, il a beaucoup de difficulté à saisir mon nom et à l’inscrire correctement alors qu’il en a une version imprimée sous les yeux. J’en conclu qu’il ne sait pas lire même s’il sait écrire. Un phénomène quoi!

Un dernier échange quand le dernier tampon est recopié. Quoi ? Les Israélien ont bombardé la banlieue de Beyrouth ? Ca serait peut être mieux d’y aller une autre fois ?? Ce n’est pas bien le moment pour faire de l’humour noir. C’est beaucoup moins dangereux par la bas que pour ma santé mentale ici. Refaire une autre fois tout ce bordel ? Ca va pas non ? Oui je suis sur que je veux y aller !!! J’en rêve en fait.

Et je repars clopinant vers le prochain contrôle. Mon papier de visa pour la sortie? Mais je l’ai plus !!! L’autre qui m’a fait payer l’a gardé ce truc! Comment cela il fallait le garder ?? Mais on ne me demande pas mon avis moi dans ce genre de chose! Si j’ai une facture ? Ah oui, bien sur !! Ça pour la paperasse, j’ai dû en laisser une trentaine de pages dans mon sillage depuis que j’ai mis les pieds ici. Le bout de facture me sauve. Exit l’obstacle suivant. Je m’assied pour reprendre une couleur normale et noter…. Enfin j’essaye… ça se termine par un joli trou dans la page et un stylo à la pointe écrasée.

Enfin la lumière au bout du tunnel; la zone internationale pour les départs. Je reprends confiance un petit moment et regarde le tableau d’affichage pour voir à quelle porte l’embarquement est prévu. Manque de pot, des deux vols qui sont prévus pour la soirée, seul l’autre vol en partance pour Khartoum est encore indiqué. Plus de trace de Beyrouth. Et pourtant, il reste encore 15 minutes avant le départ. J’espère que je ne revivrai pas cette soirée mémorable en Chine ou on m’annonça gentiment que l’avion était parti plus tôt que prévu (sidérant mais authentique…j’avais vu de grande quantité de vol en retard mais des vols en avance; Jamais!!. Mais en fait, j’ai appris plus tard qu’on m’avait répondu n’importe quoi car en fait, le vol ne devais jamais partir, c’était un vol qui n’existait plus depuis 6 mois entre deux obscures villes chinoises mais que personne n’avait pris la peine d’enlever des ordinateurs internationaux. De temps à autre, un étranger se retrouve ainsi bouclé sur ce vol inexistant avec un joli billet confirmé avec les lettres OK qui donne uniquement droit à une soirée supplémentaire imprévue dans la sympathique ville de Lyonglang).

Mais ce soir, il faut bien trouver le bon endroit, je prends en note la porte qui est indiquée pour Khartoum et me dit que la mienne est une des onze restantes. Je ne prends même pas la peine de m’informer car je suis sur ce soir que tous me dirigerons vers la seule mauvaise réponse possible c'est-à-dire; porte 7 = Khartoum. Il ne me reste plus qu’à faire les portes d’embarquement une à une, il n’en reste que onze de toutes façons. Ce sera la onzième inévitablement. Je le sais, je le sens. Et il est même inutile de tenter de jouer au fin finaud en commençant par celle que je devrais faire en dernier. La fatalité fera que quoi que je fasse, ce sera la dernière.

Ah, voici enfin la onzième porte que je visite. L’infâme neuvième porte (porte de l’enfer) pour ceux qui ont vu le film. Ça aurait été beaucoup plus éprouvant tourné ici. Ce qui est plus inquiétant c’est que je suis le seul passager ici à 10 minutes du départ. Ça sent la catastrophe. Je m’approche d’un garde de sécurité et m’informe… Ah, le vol de Beyrouth !!! Ne vous en faites pas monsieur, l’appareil vient de quitter Riyaad et sera ici dans deux heures, ca ne sera pas long.

Je m’affale sur un fauteuil et fouille les doigts tremblants dans le petit compartiment secret de ma valise. J’en sors une photo toute racornie, jaunie, qui a vécu tant de mauvaises soirées. Je la garde comme un genre d’amulette dans les durs moments de la vie. Un remontant pour les situations difficiles et désespérées. Et je regarde sur la photo l’air bienheureux de Louis Philippe, dormant dans une fontaine asséchée de l’aéroport de Dakar. Complètement épuisé par deux jours de tribulation et d’attente dans les aéroports Sub-Saharien pendant une grève sauvage de air Afrique ou rien ne nous aura été épargné. Je ne peut m’empêcher de me mettre à rire (un tantinet hystériquement il faut dire) en me remémorant ce mémorable week-end. Ce remémorer le pire aide à passer au travers des soirées éprouvantes. Je me calme et m’enfouit la tête entre les mains, non sans avoir perçu du coin de l’oeil les gardiens qui, tout sourire, s’échangent des tapes dans le dos en me regardant. Pour eux c’est une petite victoire de leur administration superbement rodée. Ils en ont fait craquer un de plus…

Vivement Beyrouth et les bombes…